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En Tunisie, les mobilisations contre « l’été des coupures d’électricité » se transforment en un véritable combat politique

En Tunisie, les mobilisations contre « l’été des coupures d’électricité » se transforment en un véritable combat politique

En Tunisie, la colère ne retombe pas. L’été des coupures d’électricité a provoqué une onde de choc politique. Les rassemblements se multiplient, portés par une société civile qui refuse de subir les pannes en silence.

Depuis le mois de juin, les délestages s’enchaînent dans un pays confronté à une canicule record. Les thermomètres ont dépassé les 49°C à plusieurs reprises. La consommation électrique a atteint des pics historiques. La Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) a été contrainte de couper le courant pour préserver le réseau.

Tunisie : des mobilisations contre les coupures d’électricité qui défient la présidence

Le 20 août, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans le centre de Tunis. À l’appel de partis d’opposition et d’activistes, les manifestants ont dénoncé l’inaction de Kaïs Saïed. Pour eux, l’été 2026 restera marqué par une gestion désastreuse de la crise énergétique.

« La Tunisie n’avait jamais vécu une telle situation en été, même quand les 40°C étaient dépassés, ce qui arrivait régulièrement », témoigne une habitante de la capitale. « Les Tunisiens parlent de “l’été de tous les délestages” ! »

La pénurie d’eau minérale, conséquence directe des pannes électriques

Les coupures d’électricité ont également provoqué une pénurie d’eau en bouteille. La Tunisie est le quatrième consommateur mondial d’eau embouteillée avec 244 litres par an et par habitant. La demande a explosé avec la chaleur. Les usines de production ont dû ralentir, faute de courant.

Cette situation a aggravé un problème déjà sensible. Dans plusieurs régions, les habitants font la queue pendant des heures pour acheter quelques bouteilles. Les rayons des supermarchés restent vides. La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) évoque un pic de demande, mais les explications ne satisfont personne.

  • ⚡ Coupures de courant quotidiennes dans de nombreuses délégations
  • 💧 Eau potable rationnée dans les zones rurales et urbaines
  • 🔥 Températures supérieures à 45°C pendant plusieurs semaines consécutives
  • 🏭 Usines à l’arrêt, notamment dans le secteur agroalimentaire
  • 🏥 Hôpitaux contraints de fonctionner avec des générateurs de secours

Le discours de Kaïs Saïed face à la crise énergétique tunisienne

Le 22 août, lors d’une tournée nocturne, le président a qualifié la situation d’« anormale ». Il a dénoncé des coupures délibérées visant à « attiser par tous les moyens » la colère populaire. Une sortie qui a provoqué l’incompréhension.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup dénoncent des « paroles dénuées de sens ». D’autres pointent un « discours présidentiel devenu creux ». La thèse du complot ne convainc pas, d’autant que les partisans d’Ennahdha sont régulièrement accusés sans preuve. Les critiques visent désormais directement le sommet de l’État.

Des mesures d’urgence jugées insuffisantes par les manifestants

Face à l’urgence, la Steg lance des appels à la rationalisation de la consommation. Des camions d’eau filtrée sillonnent les villes. L’utilisation de climatiseurs est interdite dans les administrations publiques à partir de 10 heures du matin. Mais ces décisions n’ont pas empêché de nouvelles pannes les 24 et 25 août.

Les coupures se sont même intensifiées dans le centre et le sud du pays. Les habitants décrivent des journées entières sans électricité ni eau courante. La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux invoque des délestages en cascade, mais les solutions concrètes manquent.

La société civile tunisienne s’organise contre la crise énergétique

L’opposition politique reste faible et divisée. La contestation s’organise donc en dehors des partis traditionnels. Des collectifs de citoyens, des associations et des syndicats locaux ont appelé à de nouvelles manifestations. La plus importante est prévue samedi à Tunis.

Ces mobilisations prennent un tour politique assumé. Pour les organisateurs, les coupures d’électricité ne sont pas un problème technique. Elles révèlent l’échec d’un modèle de gouvernance. Le journaliste Nizar Bahloul résume cette lecture : « L’anormal est d’avoir un président qui reste accroché à un modèle de gouvernance oscillant entre l’imaginaire médiéval des grandes épopées islamiques et les réflexes économiques de l’époque soviétique. »

L’impact des pannes sur les hôpitaux et les services publics

Au-delà du confort des ménages, les coupures menacent le fonctionnement des hôpitaux. Les blocs opératoires dépendent de générateurs parfois défaillants. Des pénuries de médicaments et de carburant s’ajoutent au tableau. Le système de santé, déjà fragilisé, subit une pression supplémentaire.

L’administration est également touchée. Plusieurs services publics ont réduit leurs horaires d’ouverture. Les entreprises industrielles, notamment dans le textile et l’agroalimentaire, tournent au ralenti. La fragile économie tunisienne encaisse un choc de plus, dans un contexte de forte inflation et de faible croissance.

L’été des coupures d’électricité, un tournant pour la politique tunisienne

« L’été de tous les délestages » est en passe de devenir un slogan politique. Il résume à lui seul l’impuissance des autorités face à une crise multidimensionnelle. Sur internet, un citoyen résume le sentiment général : « Nous ne voulons plus de discours, de théories de complot. Nous voulons de quoi boire, nous éclairer, ne pas mourir de soif ou de faim. »

Les manifestations du mois d’août ne sont sans doute qu’un début. La société civile promet de maintenir la pression. La question de l’électricité est devenue un combat politique majeur, qui pourrait redessiner les équilibres dans le pays.

Les prochaines semaines seront décisives. Les autorités peuvent encore répondre par des mesures concrètes : investissements dans les énergies renouvelables, réforme de la Steg, plan d’urgence pour l’eau potable. Sans actes, la rue risque de s’embraser à nouveau. La Tunisie a connu suffisamment de révolutions pour savoir qu’un été de colère peut changer le cours de son histoire.

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